Gardien de l’esprit de l’Ordre
« Celui qui reçoit la première charge doit accepter d’être le premier à servir. »
Je suis le Grand Maître
Je suis le Grand Maître de l’ORDO EQUITUM CHRISTI TEMPLI SALOMONIS, et j’en suis le premier serviteur.
Ces quelques mots résument peut-être mieux mon office que ne pourrait le faire une longue énumération de prérogatives.
Être Grand Maître ne signifie pas posséder l’Ordre. L’Ordre ne m’appartient pas.
Il appartient à l’œuvre commune de celles et ceux qui ont choisi librement de s’engager sous sa Règle, de partager ses valeurs et d’en servir la vocation.
L’autorité qui m’est confiée ne constitue donc ni un privilège ni une distinction personnelle.
Elle est une responsabilité.
Et plus cette responsabilité est grande, plus elle m’impose de devoirs.
Gardien plutôt que propriétaire
Je suis le gardien de l’esprit, de l’unité et de la tradition de l’Ordre.
Le mot gardien est essentiel.
Un gardien ne possède pas ce qui lui est confié.
Il le reçoit, le protège et, lorsque vient le temps, le transmet.
Ma première responsabilité est donc de veiller à ce que l’OECTS demeure fidèle aux raisons qui ont présidé à sa naissance : servir le Christ, faire vivre les valeurs de la chevalerie chrétienne, préserver un héritage spirituel et historique et promouvoir la fraternité entre les chrétiens.
Je veille également au respect de notre Règle.
Mais une Règle ne saurait vivre par la seule autorité de celui qui la rappelle.
Celui qui demande aux autres de la respecter doit commencer par s’y soumettre lui-même.
C’est pourquoi l’exemplarité constitue, à mes yeux, l’une des premières obligations de mon office.
Je ne peux demander à mes Sœurs et à mes Frères une fidélité que je ne m’imposerais pas à moi-même.
Une autorité qui oblige
La fonction de Grand Maître porte nécessairement une autorité. Je ne souhaite ni la nier ni la dissimuler.
Toute communauté a besoin d’une direction, de responsabilités clairement établies et, lorsque cela est nécessaire, d’une décision.
Mais notre conception de l’autorité lui impose une exigence supplémentaire.
L’autorité véritable ne consiste pas à être servi, mais à accepter de répondre de ceux que l’on a mission de servir.
L’autorité ne prend donc tout son sens que lorsqu’elle est mise au service du bien commun. Elle m’oblige à écouter avant de parler.
- À réfléchir avant de décider.
- À rechercher l’apaisement plutôt que l’affrontement.
- À préserver l’unité sans étouffer les différences.
- Et, lorsqu’une décision doit être prise, à en assumer pleinement la responsabilité.
Être le premier dans l’ordre des offices signifie ainsi, pour moi, devoir être le premier dans l’ordre du service.
Sagesse, humilité et sens du devoir
Je m’efforce d’exercer mon office selon trois exigences : la sagesse, l’humilité et le sens du devoir.
La sagesse, parce que toute décision doit être précédée du discernement.
L’humilité, parce qu’aucune charge, aussi élevée soit-elle, ne met celui qui l’exerce à l’abri de l’erreur.
Le sens du devoir, enfin, parce que la responsabilité ne peut dépendre de l’humeur, de l’intérêt personnel ou de la facilité du moment.
Ces principes ne sont pas étrangers à l’esprit de l’ancienne Règle du Temple. Ils trouvent notamment un remarquable écho dans son article 60.
L’article 60 de la Règle primitive
Cette conception de l’autorité trouve un remarquable écho dans la Règle primitive du Temple. Dans la traduction en français moderne proposée par Laurent Dailliez, l’article 60(*), consacré au Conseil, précise :
« 60. Le maître doit connaître la sagesse des frères qui sont appelés en conseil, ainsi que le profit de leur conseil ; car nous le commandons de cette manière et non pas à tous : lorsqu’il advient qu’ils aient à traiter de choses importantes, comme donner une terre de l’ordre, ou parler des affaires de la maison ou recevoir un frère, s’il plaît au maître, il est
convenable de réunir toute la congrégation et d’entendre le conseil de tout le chapitre. Ce qui semblera plus profitable et meilleur au maître, qu’il le fasse alors. »
Près de neuf siècles nous séparent de ces mots. Pourtant, leur esprit demeure d’une étonnante actualité. Le Maître possède une autorité réelle.
Mais la Règle lui demande aussi de connaître la sagesse des Frères appelés en conseil. Elle lui demande :
- d’entendre.
- De consulter.
- De discerner.
- Puis d’exercer la responsabilité qui lui appartient.
Cette articulation entre le conseil et la décision me paraît essentielle.
Le savais-tu ?
L’article 60 de la Règle primitive montre que le Maître du Temple ne devait pas nécessairement consulter tous les Frères pour chaque affaire.
La consultation devait être adaptée à l’importance de la question. Pour les affaires majeures, le texte envisage que l’ensemble du Chapitre puisse être entendu.
Le conseil n’abolissait donc pas l’autorité du Maître : il devait l’éclairer.
Je ne gouverne pas seul
C’est pourquoi je ne gouverne pas dans la solitude. Bien au contraire.
Je suis entouré du Conseil de l’Ordre, dont je suis moi-même membre, composé de neuf officiers, auxquels sont confiées des responsabilités différentes et complémentaires.
Ce Conseil n’est pas une assemblée destinée à approuver des décisions déjà prises. Il doit être un véritable lieu de réflexion, de conseil et de discernement.
J’attends de chacun de ses membres qu’il s’exprime librement et loyalement.
Un conseiller qui se contenterait de toujours approuver ne remplirait pas pleinement sa mission.
Je dois donc accepter d’entendre un avis différent du mien.
- Accepter une objection.
- Accepter une mise en garde.
- Et parfois accepter que le regard d’un autre soit plus juste que le mien. Cette écoute ne diminue pas mon autorité.
Elle m’aide à l’exercer avec davantage de discernement.
Écouter n’est pas renoncer à décider
La collégialité ne signifie cependant pas l’effacement de la responsabilité. Le Conseil conseille.
Il éclaire.
Il confronte les expériences et les points de vue.
Mais l’office du Grand Maître comporte également le devoir de décider lorsque la décision lui appartient.
C’est parfois la partie la plus difficile de la charge.
Car écouter tous les avis ne garantit pas qu’ils seront unanimes.
Il faut alors discerner ce qui paraît le plus conforme à la Règle, à l’intérêt de l’Ordre et au bien de la fraternité.
Puis décider.
Et surtout, assumer la décision prise.
Je ne saurais invoquer le Conseil pour me décharger de ma propre responsabilité. La collégialité n’est pas une manière de diluer la responsabilité.
Elle est une manière de mieux l’exercer.
Préserver l’unité sans imposer l’uniformité
Être gardien de l’unité ne signifie pas rechercher l’uniformité.
Mes Sœurs et mes Frères ont des parcours différents, des sensibilités différentes, des expériences différentes.
Cette diversité peut être une richesse lorsqu’elle demeure placée au service d’une même vocation.
Mon rôle n’est donc pas d’exiger que tous pensent de manière identique.
Il est de veiller à ce que nos différences ne nous fassent jamais perdre de vue ce qui nous rassemble.
- Notre foi.
- Notre Règle.
- Nos engagements.
- Notre fraternité.
- Et la parole que nous avons donnée.
L’unité véritable ne consiste pas dans l’absence de désaccord.
Elle se manifeste dans la capacité à demeurer Frères malgré le désaccord et à continuer ensemble lorsque la décision a été prise.
Être le premier serviteur
Au terme de cette réflexion, je reviens naturellement aux mots par lesquels je l’ai commencée :
Je suis le Grand Maître de l’Ordre et j’en suis son premier serviteur. Je ne considère pas cette formule comme une expression de circonstance. Elle constitue pour moi une règle de conduite.
Si mon office m’accorde une autorité particulière, il m’impose d’abord une responsabilité particulière.
- Servir l’Ordre.
- Servir son unité.
- Servir sa Règle.
- Servir sa vocation.
- Et servir mes Sœurs et mes Frères en veillant à ce que chacun puisse trouver sa place dans l’œuvre commune.
Le jour où l’office deviendrait plus important que le service, il perdrait une part essentielle de sa raison d’être.
Le regard de l’OECTS
Nous ne souhaitons pas faire du Grand Maître une figure inaccessible placée au sommet d’une pyramide d’honneurs.
Nous voyons en lui le dépositaire temporaire d’une responsabilité. Il reçoit un héritage qu’il n’a pas vocation à posséder.
Il doit le préserver, le faire vivre et, un jour, le transmettre. Son autorité est nécessaire.
Son exemplarité l’est davantage encore.
Car dans une chevalerie fondée sur l’Humilité, le Courage et la Fidélité, la première responsabilité de celui qui conduit est peut-être simplement de chercher chaque jour à être digne de ceux qui lui ont accordé leur confiance.
À retenir
Le Grand Maître est le gardien de l’esprit, de l’unité et de la tradition de l’Ordre. Son autorité est une responsabilité et non un privilège.
L’article 60 de la Règle primitive rappelle l’importance du conseil des Frères dans les affaires de l’Ordre.
Le Grand Maître écoute et consulte son Conseil sans renoncer à la responsabilité attachée à son office.
Être le premier dans l’ordre des offices signifie d’abord être le premier dans l’ordre du service.
Vers la prochaine Chronique…
Après le Grand Maître, nous donnerons la parole à celui qui se tient à ses côtés et veille à la continuité, à l’organisation et à la bonne marche de l’Ordre :
Le Sénéchal.
NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS, SED NOMINI TUO DA GLORIAM.
