LE SÉNÉCHAL
Garant de la continuité et du service
« Servir dans l’ombre de l’autorité n’est pas s’effacer : c’est veiller à ce que l’œuvre puisse toujours se poursuivre. »
Je suis le Sénéchal
Je suis le Sénéchal de l’ORDO EQUITUM CHRISTI TEMPLI SALOMONIS.
Je suis au service du Christ, premier et ultime modèle de notre engagement, et au service de l’Ordre.
Mon office me place aux côtés du Grand Maître, non pour partager les honneurs de sa charge, mais pour contribuer à la continuité de l’œuvre qui lui est confiée, car dans un Ordre, aucune responsabilité ne devrait être conçue comme une distinction personnelle.
Toute charge est d’abord un service.
La mienne m’appelle à être présent lorsque les circonstances l’exigent, à accompagner le Grand Maître dans l’exercice de sa mission et, lorsqu’il n’est pas disponible, à assurer la continuité nécessaire à la bonne marche de l’Ordre.
Je suis le garant de cette continuité.
Aux côtés du Maître
Une image traduit pour moi la nature profonde de cette mission :
Christ et le Maître sont symboliquement ensemble sur le même cheval.
Cette image ne doit évidemment pas être comprise littéralement.
Elle exprime une conviction : celui qui conduit un Ordre chrétien ne saurait oublier Celui au service duquel il s’est engagé.
Le Maître exerce une autorité.
Mais cette autorité ne trouve pas sa finalité en elle-même, elle demeure placée au service d’une vocation qui la dépasse.
Et si le Sénéchal se tient aux côtés du Maître, c’est précisément pour contribuer à la permanence de cette vocation.
Je ne suis donc pas le second d’un homme.
Je suis le serviteur d’une mission.
Commilitones Christi
La tradition chrétienne médiévale a utilisé une expression particulièrement forte :
Commilitones Christi.
Littéralement, elle évoque ceux qui servent ou combattent ensemble sous une même bannière : les compagnons d’armes du Christ.
Pour un chevalier du XXIᵉ siècle, cette expression ne saurait évidemment être comprise comme un appel à un combat armé.
Notre combat est d’une autre nature. Il est d’abord intérieur.
Il consiste à lutter contre nos propres faiblesses, contre l’orgueil, l’indifférence, le renoncement à nos engagements et tout ce qui peut éloigner l’homme du service auquel il s’est librement consacré.
Il est également un engagement au service de ce que nous croyons devoir préserver : notre foi, notre héritage chrétien, la fraternité, la dignité humaine et la parole donnée.
Être commilito Christi, c’est donc, pour moi, accepter de servir aux côtés des autres plutôt que de combattre contre les autres.
Représenter le Grand Maître
L’une des responsabilités essentielles de mon office consiste à pouvoir représenter le Grand Maître lorsqu’il n’est pas disponible.
Cette mission pourrait sembler essentiellement administrative, elle ne l’est pas.
Représenter le Grand Maître signifie être capable d’assurer, lorsque cela est nécessaire, les fonctions attachées à la conduite de l’Ordre.
Cela suppose :
- De connaître ses orientations.
- De comprendre les décisions du Conseil.
- De veiller au respect de la Règle.
- De connaître les Sœurs et les Frères.
- Et surtout de demeurer fidèle à l’esprit de l’Ordre. Je ne suis pas appelé à devenir un autre Grand Maître.
Je dois pouvoir assurer la continuité de son office lorsque les circonstances l’exigent. La nuance est essentielle.
Être le garant de la continuité
Toute institution humaine peut connaître l’absence, l’empêchement ou l’indisponibilité momentanée de celui qui la conduit.
Elle doit pouvoir poursuivre sa mission.
C’est pourquoi la continuité ne relève pas seulement d’une nécessité pratique, elle constitue une responsabilité.
L’Ordre ne peut dépendre entièrement de la présence d’un seul homme.
Son organisation doit permettre à l’œuvre commune de continuer, dans le respect des responsabilités de chacun.
Mon office trouve ici une grande partie de sa raison d’être. Lorsque le Grand Maître est présent, je l’assiste.
Lorsqu’il ne peut exercer momentanément certaines de ses fonctions, je veille à ce qu’elles puissent l’être conformément aux règles de l’Ordre.
Et lorsqu’une difficulté survient, je dois contribuer à préserver la stabilité nécessaire à la fraternité.
Une hiérarchie sans ostentation
Cette responsabilité suppose naturellement une organisation hiérarchique. Je n’ai aucune difficulté à employer ce mot.
Une communauté organisée a besoin de responsabilités clairement identifiées. Chacun doit savoir quelle est sa mission, ce qui relève de son office et vers qui se tourner lorsque les circonstances l’exigent.
Mais hiérarchie ne signifie pas ostentation.
Elle ne saurait devenir une accumulation de titres, de privilèges ou de préséances. La hiérarchie n’a de légitimité que lorsqu’elle permet de mieux servir.
C’est pourquoi je considère que ma place dans l’Ordre ne me donne pas davantage de valeur qu’à un autre Frère.
Elle me donne simplement davantage de responsabilités. Cette distinction est essentielle.
À méditer
Une charge n’est pas faite pour distinguer celui qui la porte. Elle est faite pour lui rappeler ce qu’il doit aux autres.
L’exemplarité comme devoir
Je défends les vertus qui fondent notre engagement : Humilité, Courage et Fidélité.
À celles-ci s’ajoutent naturellement la Foi, la Fraternité et le Service qui donnent sens à notre cheminement.
Mais les proclamer ne suffit pas, je dois essayer de les incarner.
C’est pourquoi l’exemplarité est, pour moi, indissociable de l’office de Sénéchal.
- Je ne peux demander à un Frère d’être fidèle à ses engagements si je néglige les miens.
- Je ne peux invoquer l’humilité si mon office devient une source d’orgueil.
- Je ne peux parler de fraternité si je ne sais pas écouter.
- Je ne peux parler de service si je recherche d’abord la reconnaissance.
L’exemplarité n’est jamais acquise, elle constitue une exigence quotidienne.
Et celui qui reçoit une responsabilité doit peut-être se l’imposer avec davantage de rigueur encore.
Un maillon de la chaîne
Je me considère comme l’un des maillons d’une chaîne de fraternité spirituelle en quête de savoir.
Cette image me tient particulièrement à cœur.
Une chaîne ne tient pas par un seul maillon, chacun dépend des autres. Aucun ne peut prétendre constituer la chaîne à lui seul.
Il en va de même de notre fraternité.
Le Grand Maître a sa mission, le Sénéchal a la sienne. Chaque officier reçoit une charge particulière.
Chaque Sœur et chaque Frère possède également une place et une responsabilité dans l’œuvre commune.
Nos différences ne devraient donc pas nous opposer, elles doivent nous rendre complémentaires.
Et cette chaîne ne relie pas seulement des personnes, elle unit également le présent à la mémoire, l’engagement à la connaissance et la fraternité à la transmission.
Car nous ne souhaitons pas seulement porter les symboles du Temple.
Nous voulons comprendre l’histoire dont ils sont issus et rechercher ce qu’elle peut encore nous enseigner.
Servir aujourd‛hui
Les circonstances dans lesquelles vivaient les chevaliers du Temple appartiennent à l’histoire.
Nos combats ne sont plus les leurs ; nos moyens d’action ne sont plus les leurs ; mais le mot service conserve toute sa force.
Servir aujourd’hui peut signifier
- transmettre.
- Accompagner.
- Protéger les plus fragiles.
- Préserver un patrimoine spirituel et culturel.
- Favoriser la fraternité entre les chrétiens.
- Soutenir celui qui traverse une épreuve.
- Ou simplement répondre présent lorsqu’un Frère ou une Sœur a besoin de nous. C’est dans cette conception contemporaine du service que je souhaite inscrire mon office. Le regard du Sénéchal
Je ne conçois pas ma charge comme celle d’un homme attendant de remplacer le Grand Maître, je la conçois comme celle d’un Frère qui doit être prêt, si les circonstances l’exigent, à assurer la continuité de l’Ordre.
Être Sénéchal, c’est savoir rester à sa place lorsque tout va bien et savoir prendre ses responsabilités lorsque la situation l’impose.
C’est servir sans ostentation ; conseiller sans chercher à imposer ; représenter sans chercher à remplacer et exercer l’autorité lorsque cela devient nécessaire sans oublier qu’elle demeure toujours au service de la fraternité.
Je ne suis qu’un maillon de la chaîne.
Mais je sais qu’une chaîne ne conserve sa force que lorsque chacun de ses maillons assume pleinement sa fonction.
Par Marie, par Jésus et par Jean
Je place enfin mon engagement dans cette dimension spirituelle qui donne sens à mon office :
Par Marie, par Jésus et par Jean, maintenant et au-delà.
- Marie me rappelle l’humilité et la fidélité.
- Le Christ donne son sens à mon engagement.
- Jean nous rappelle la puissance de la Parole et cette image du Temple qui dépasse les seules pierres :
« Solvite templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud. »
« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »
— Jean 2,19
Le Temple dont parle ici le Christ n’est pas celui d’un ordre de chevalerie. L’Évangile précise qu’il parle du sanctuaire de son corps.
Cette distinction est essentielle.
Mais pour celui qui cherche à vivre sa foi dans le service, ces paroles rappellent aussi que la véritable construction spirituelle ne repose pas seulement sur les institutions et les pierres, elle commence en l’homme.
À retenir
Le Sénéchal assiste le Grand Maître et contribue à assurer la continuité de l’Ordre. Il peut être appelé à le représenter et à assumer ses fonctions lorsque les circonstances l’exigent.
Sa place dans la hiérarchie constitue une responsabilité, non un privilège. L’exemplarité, la fidélité et le service donnent leur véritable sens à son office.
Il se considère comme un maillon parmi d’autres d’une même chaîne de fraternité spirituelle.
Vers la prochaine Chronique…
Après le Sénéchal, nous donnerons la parole à celui auquel revient une autre responsabilité essentielle : veiller à la discipline, aux cérémonies et à la préparation des Sœurs et des Frères.
Le Maréchal.
NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS, SED NOMINI TUO DA GLORIAM.
