
Gardien de la vie spirituelle, Protecteur et Hospitalier de l’Ordre
« Prendre soin d’une âme, c’est aussi ne jamais oublier la personne qui la porte. »
Je suis le Chapelain.
Dans l’Ordre du Temple médiéval, je suis le prêtre chargé de la vie religieuse des frères, de la célébration des offices et des sacrements, du soutien spirituel et de l’accompagnement des membres de la communauté.
Je ne suis pas un combattant, ma mission est d’une autre nature.
Je suis celui qui prie avec ses frères, qui les accompagne dans les moments importants de leur existence, qui reçoit leurs confidences dans l’exercice de son ministère et qui leur rappelle les exigences spirituelles de leur engagement.
Je suis également celui qui se tient auprès du malade, du blessé et de celui qui approche de la mort.
Dans un Ordre dont l’histoire est si souvent racontée à travers les batailles, les forteresses et les chevaliers, ma présence rappelle une réalité essentielle :
Le Temple n’est pas seulement une organisation militaire. Il est d’abord un ordre religieux.
Pour comprendre la portée de ma charge contemporaine, il faut donc revenir à cette dimension fondamentale de son histoire.
1139 : une place reconnue aux prêtres du Temple
La bulle pontificale Omne datum optimum, accordée le 29 mars 1139 par le pape Innocent II, marque une étape importante dans l’organisation religieuse du Temple. Elle autorise notamment l’Ordre à accueillir des prêtres et des clercs afin de répondre aux besoins spirituels de ses membres.
Cette disposition permet progressivement au Temple de disposer d’un clergé attaché à ses propres établissements, sans dépendre exclusivement de prêtres extérieurs pour l’accompagnement religieux de ses frères.
Le Chapelain, « capellanus » en latin, prend ainsi place au sein de la communauté templière.
Je suis un clerc, instruit pour exercer mon ministère, mais aussi un membre de l’Ordre, soumis à sa discipline et à ses engagements.
Cette double appartenance me distingue à la fois des frères chevaliers et des prêtres extérieurs qui peuvent intervenir auprès de la communauté.
Elle fait de moi un acteur essentiel de sa vie spirituelle.
Ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent
La société médiévale est fréquemment représentée à travers trois grandes fonctions :
- Ceux qui prient, les oratores.
- Ceux qui combattent, les bellatores.
- Ceux qui travaillent, les laboratores.
Cette représentation ne décrit pas à elle seule toute la complexité de la société médiévale, mais elle permet de comprendre la singularité de l’Ordre du Temple.
Le Temple rassemble en effet des hommes qui combattent, des frères qui assurent les travaux et l’administration, et des clercs qui prennent en charge la vie religieuse.
En tant que Chapelain, je participe à cette dernière mission. Je ne porte pas les armes.
Mon service ne s’accomplit pas sur le champ de bataille, mais dans la prière, l’accompagnement spirituel et la célébration des sacrements. Cela ne signifie pas que ma charge soit étrangère aux difficultés rencontrées par les autres frères, au contraire.
Celui qui accompagne les âmes doit aussi comprendre les épreuves de ceux qui les portent.
Une vie réglée par la prière
Dans les maisons du Temple, la vie religieuse occupe une place fondamentale.
Les frères participent aux offices selon les prescriptions de la Règle, qui organisent les temps de prière tout au long de la journée.
La communauté ne vit donc pas uniquement au rythme des activités militaires, des travaux agricoles ou de l’administration des domaines, elle vit aussi au rythme de la liturgie.
- Je participe à cette continuité religieuse.
- Je célèbre la messe et les offices qui relèvent de mon ministère.
- J’accompagne les frères dans leur démarche pénitentielle et dans leur préparation aux grandes étapes de leur vie religieuse.
- J’interviens lorsque la maladie, la blessure ou la proximité de la mort rendent cet accompagnement particulièrement nécessaire.
La présence du Chapelain rappelle ainsi que l’engagement templier ne peut se comprendre sans la foi chrétienne qui l’anime.
La discipline extérieure ne prend tout son sens que lorsqu’elle s’accompagne d’une discipline intérieure.
Un frère parmi les frères
Je suis membre de la communauté templière.
J’en partage les engagements religieux et la vie collective.
Je suis soumis à la Règle et à l’autorité de l’Ordre, même si mon ministère possède des responsabilités particulières.
Je ne dispose pas, du seul fait de ma fonction sacerdotale, d’un pouvoir absolu sur les autres frères. Je ne remplace pas les responsables de la communauté dans leurs attributions, mais j’apporte une présence et un regard spirituels qui participent à l’équilibre de la maison.
- Je rappelle les exigences de la foi, de la prière et de la pénitence.
- Je contribue à maintenir le lien entre l’action quotidienne et la vocation religieuse.
- Je suis présent dans les moments de joie comme dans les épreuves.
Ma charge m’oblige à la retenue, à la discrétion et à l’écoute, car l’accompagnement spirituel ne saurait se réduire à des paroles prononcées du haut d’une autorité.
Il exige une présence sincère auprès de ceux que l’on est appelé à servir.
Le Chapelain et les épreuves de la communauté
La vie du Temple médiéval est marquée par des dangers et des épreuves.
Les chevaliers et les frères sergents peuvent être confrontés aux blessures, à la maladie, à l’éloignement et à la mort. D’autres frères connaissent les difficultés de la vie quotidienne, les fatigues du travail et les exigences d’une discipline collective.
Je dois être attentif à ces réalités.
Mon ministère ne consiste pas uniquement à célébrer les offices, il comprend également l’accompagnement des frères dans les circonstances qui éprouvent leur courage et leur fidélité.
- Je suis auprès du malade.
- Je prie pour le blessé.
- J’accompagne celui qui doute.
- Je rappelle à celui qui souffre qu’il demeure membre d’une communauté.
- Et lorsque la mort survient, je contribue à l’accompagnement religieux de celui qui s’éteint et à la prière de ses frères.
Cette dimension de ma charge trouve un écho particulier dans la fonction de Protecteur et d’Hospitalier que me confie aujourd’hui la Règle de l’OECTS.
Le Chapelain au XXIᵉ siècle
Le contexte sociologique, religieux et politique n’est plus celui du Moyen Âge.
L’OECTS n’est pas un ordre religieux médiéval reconstitué et ne revendique aucune continuité institutionnelle avec le Temple historique, mais nous reconnaissons dans son héritage spirituel des principes qui peuvent encore inspirer notre engagement.
Aujourd’hui, ma charge est définie par la Règle de l’OECTS.
Je suis responsable de la dimension morale, symbolique et spirituelle de notre communauté.
- Je veille à la transmission de l’esprit de l’Ordre, à la cohésion fraternelle et à la fidélité aux valeurs qui nous rassemblent.
- Je participe à l’organisation spirituelle de nos Chapitres et je rappelle à nos Sœurs et à nos Frères les principales fêtes religieuses chrétiennes.
Mais mon office ne s’arrête pas là, Je suis également Protecteur et Hospitalier de l’Ordre.
Et cette responsabilité me paraît indissociable de la première.
Protecteur : veiller sur ceux qui nous sont confiés
Que signifie être Protecteur au sein d’un Ordre contemporain ?
Il ne s’agit évidemment plus de défendre une forteresse ou de protéger physiquement un territoire, il s’agit de veiller sur les personnes.
Une communauté peut sembler unie lorsqu’elle se rassemble en Chapitre, elle peut manifester une fraternité sincère dans les cérémonies et les rencontres, mais la qualité de cette fraternité se révèle véritablement lorsque l’un de ses membres traverse une épreuve.
Une Sœur peut connaître la maladie, un Frère peut être confronté au deuil, un autre peut traverser une période de solitude, de difficultés familiales ou matérielles, certains peuvent souffrir en silence, sans oser demander de l’aide, mon rôle consiste à demeurer attentif à ces situations et à contribuer à ce qu’aucun membre ne soit abandonné à ses difficultés.
Je ne peux garantir que chacun sera épargné par le malheur, aucun homme ne possède un tel pouvoir. Mais je peux veiller à ce que le malheur ne conduise pas à l’oubli.
Être Protecteur, c’est donc faire vivre une vigilance fraternelle.
- C’est prendre des nouvelles.
- C’est écouter.
- C’est maintenir le lien.
- C’est rechercher, lorsque cela est nécessaire, les moyens d’apporter un soutien.
- Et c’est rappeler que l’appartenance à l’Ordre ne doit pas se limiter aux jours de cérémonie.
Hospitalier : transformer la fraternité en actes
Le mot Hospitalier possède une résonance particulière dans l’histoire chrétienne. Il évoque l’accueil, l’assistance, le soin et l’attention portée à ceux qui souffrent.
Dans l’OECTS, il ne désigne pas une prétention à reprendre l’identité ou les fonctions historiques de l’Ordre de l’Hôpital, il exprime une responsabilité contemporaine que notre Règle confie au Chapelain.
L’Hospitalier veille à ce que la fraternité ne demeure pas seulement une parole.
Il lui faut être attentif aux situations dans lesquelles une Sœur ou un Frère peut avoir besoin d’être accompagné. Cette assistance peut prendre des formes simples.
- Une visite à une personne malade.
- Un appel à un membre isolé.
- Une présence auprès d’une famille endeuillée.
- Une aide pour maintenir le contact avec l’Ordre lorsqu’un déplacement devient difficile.
- Un soutien moral dans une période d’incertitude.
- Et, lorsque la situation le justifie, la recherche d’une assistance fraternelle adaptée, avec l’accord des personnes concernées et dans les limites des moyens de notre communauté.
Il ne s’agit pas de se substituer aux professionnels de santé, aux services sociaux ou aux ministres des Églises, il s’agit d’apporter ce que notre fraternité peut offrir : une présence, une écoute, une solidarité et le refus de l’indifférence.
Le service hospitalier commence parfois par un geste très simple : ne pas attendre que celui qui souffre soit obligé de demander de l’aide.
Une vigilance qui concerne toutes les Commanderies
Cette responsabilité ne peut s’exercer uniquement au niveau du Conseil de l’Ordre.
Les membres de l’OECTS peuvent appartenir à des Commanderies éloignées les unes des autres. Je dois donc favoriser une attention fraternelle qui dépasse les distances.
Cela suppose de maintenir le contact avec les responsables locaux et de les encourager à demeurer attentifs à la situation de leurs membres.
Il ne s’agit pas d’organiser une surveillance de la vie privée, il s’agit de faire vivre une solidarité respectueuse.
Une personne peut souhaiter être accompagnée sans que ses difficultés soient connues de tous, une autre peut préférer la discrétion, une troisième peut demander une assistance concrète, la protection fraternelle doit toujours respecter la dignité, la liberté et la confiance de celui qu’elle cherche à soutenir.
Ma responsabilité consiste à encourager cette vigilance et, lorsque cela devient nécessaire, à favoriser une réponse collective appropriée.
Rendre compte au Grand Maître et au Conseil
La Règle prévoit que je rends compte au Grand Maître et au Conseil de l’Ordre.
Cette disposition donne une dimension collective à ma responsabilité. Je ne suis pas seul à porter les préoccupations fraternelles de notre communauté.
Lorsqu’une situation nécessite une décision, une intervention ou des moyens dépassant mes attributions, il m’appartient d’en saisir les autorités compétentes de l’Ordre.
Mais rendre compte ne signifie pas divulguer sans discernement les difficultés personnelles de nos membres.
- Je dois préserver leur confiance et leur dignité.
- Je peux signaler qu’une situation nécessite une attention particulière, proposer une démarche ou solliciter une aide, en ne transmettant que les informations nécessaires et dans le respect de la personne concernée.
La discrétion n’est pas un obstacle à la solidarité, elle en est souvent l’une des premières exigences.
La spiritualité et l’assistance, deux expressions d’un même engagement
Il pourrait sembler que mes deux responsabilités soient distinctes ; d’un côté, la vie spirituelle, les Chapitres, les fêtes chrétiennes et la transmission des valeurs ; de l’autre, la protection, l’assistance et le soutien des membres, je les considère au contraire comme deux expressions d’un même engagement.
- Que vaudrait une fraternité chrétienne qui saurait parfaitement célébrer ses rites, mais demeurerait indifférente à la souffrance de ses membres ?
- Que signifierait notre devise si elle ne nous conduisait jamais à servir ?
La vie spirituelle ne peut être séparée de l’attention portée à autrui, elle doit nous inviter à davantage d’écoute, de disponibilité et de générosité.
C’est ainsi que je comprends ma double mission, veiller sur l’esprit de l’Ordre et prendre soin de ceux qui le font vivre.
Le regard de l’OECTS
La charge de Chapelain, Protecteur et Hospitalier exprime une conception exigeante de la fraternité.
Dans notre Ordre, elle doit s’exercer à la lumière de trois vertus fondamentales.
Humilité, parce que celui qui accompagne les autres doit savoir écouter sans prétendre tout comprendre ni tout résoudre.
Courage, parce qu’il faut parfois aller vers celui qui souffre, affronter une situation difficile ou rappeler à la communauté son devoir de solidarité.
Fidélité, parce que la fraternité ne doit pas disparaître lorsque les circonstances deviennent pénibles.
Je reste humblement au service et à l’écoute de mes Sœurs et de mes Frères. Je suis un maillon de cette chaîne de fraternité spirituelle qui souhaite donner du sens à notre engagement contemporain.
Être fidèle à nos prédécesseurs ne signifie pas reproduire leur existence, cela signifie reconnaître dans leur engagement des principes qui nous invitent aujourd’hui à servir autrement.
Je suis le Chapelain.
- Je veille à la vie spirituelle de l’Ordre.
- Je contribue à transmettre ses valeurs.
- Je suis attentif à la cohésion de notre fraternité.
- Et, comme Protecteur et Hospitalier, je m’efforce de veiller sur celles et ceux qui la composent.
Car je demeure convaincu d’une chose :
Une fraternité ne se mesure pas seulement à la force de ses engagements. Elle se mesure à la manière dont elle prend soin de ses membres lorsque survient l’épreuve.
À retenir
Dans l’Ordre du Temple médiéval, le Chapelain assure un ministère religieux essentiel : célébration des offices, administration des sacrements, accompagnement spirituel et soutien des frères.
Au sein de l’OECTS, sa fonction contemporaine comprend trois responsabilités complémentaires :
- Spirituelle et morale : veiller aux valeurs, à la cohésion fraternelle, à l’organisation spirituelle des Chapitres et au rappel des fêtes chrétiennes.
- Protectrice et hospitalière : demeurer attentif aux difficultés rencontrées par les Sœurs et les Frères, encourager l’assistance et préserver le lien fraternel.
- Institutionnelle : rendre compte au Grand Maître et au Conseil des situations qui nécessitent leur attention, dans le respect de la discrétion et de la dignité des personnes.
Le Chapelain n’est donc pas seulement le gardien d’une dimension spirituelle, il contribue à faire de la fraternité une réalité vécue.
Non Nobis, Domine, Non Nobis, Sed Nomini Tuo Da Gloriam.